Histoire de relations amoureuses entre Thaïes et Farangs

Histoire de relations amoureuses entre Thaïes et Farangs

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Histoire des relations amoureuses entre femmes thaïlandaises et hommes "farang".

Dans les années 1960 et 1970, au cours de la guerre du Vietnam, les États-Unis bénéficiaient d’un certain nombre de bases militaires dans la partie Nord-Est de la Thaïlande aussi connue sous le nom de Isaan.

Dans les zones qui entouraient ces bases militaires, la vente de prestations sexuelles aux troupes ne tarda pas à se développer massivement. Souvent ce qui débutait par un simple rapport sexuel tarifé entre GI américain et jeune thaïlandaise se transformait en histoire d’amour et les femmes de l’Isaan furent les premières siamoises des temps modernes à avoir un phuua farang (ผัวฝรั่ง), un mari occidental.


Les femmes thaïlandaises à louer

En ces temps troublés, les relations entre soldats américains et thaïlandaises étaient souvent de courte durée. Même si l’amour était parfois de la partie, les boys étaient là pour se battre et non pour goûter au plaisir d’une vie paisible au côté de leur compagne asiatique. Cet état de fait aboutit à l’émergence d’un phénomène très particulier à mi-chemin entre la relation de couple et la prostitution, la mia chao (เมียเช่า), soit littéralement : femme à louer.

Dans la relation de type mia chao, la femme devenait une compagne à durée déterminée pour un mari éphémère qui en échange la soutenait financièrement au quotidien jusqu’à son départ pour la guerre. Un modèle relationnel atypique qui débouchait soit sur un départ de la femme avec son mari direction les USA, soit à la recherche d’un nouveau mari à durée déterminée une fois la relation précédente achevée.

A noter que Bangkok a également été une destination de permission plébiscitée par les G.I. américains durant la guerre du Vietnam ce qui explique que le phénomène des femmes à louer s’y soit aussi largement développé.

Mais l’exemple le plus frappant concernant l’effet mia chao est très certainement Pattaya. Cette ville, située non loin de la base navale de U-Tapao, a littéralement construit son économie sur ces « accompagnatrices » pour devenir l’une des plus importantes stations balnéaires de Thaïlande. Le flux de femmes venues se prostituer à Pattaya (majoritairement en provenance d’Isaan) est aujourd’hui continu est génère chaque année des millions de bahts.


Les farangs à marier

Une fois la guerre du Vietnam terminée et perdue, les soldats américains abandonnèrent leurs bases en Isaan pour rentrer chez eux et fêter la défaite autour d’un Happy Meal. Une manne importante de revenus venait de disparaître pour les habitants de la région. Les hommes et les femmes du Nord-Est de la Thaïlande mirent alors le cap sur Bangkok dans l’espoir d’y bénéficier du miracle économique des années 80-90. Ce dernier devait pourtant oublier les classes les plus démunies et l’Isaan resta enlisé dans sa pauvreté.

Les habitants de l’Isaan avaient quitté leur enfer rural pour un enfer urbain fait de travail harassant et très mal payé pour le compte des élites de Bangkok et d’une classe moyenne en pleine expansion. Mais certaines thaïlandaises désargentées restèrent pourtant déterminées à sortir leur famille de la misère par tous les moyens: elles devinrent le visage de la prostitution de Bangkok et furent baptisées les saow bar (สาวบาร์), ou filles de bar, les avatars modernes de la femme à louer des années 60-70.

Malgré les échecs relationnels à répétition et les différences culturelles abyssales, les classes populaires thaïlandaises n’ont jamais cessé de fantasmer sur le concept du mari farang et en firent rapidement une solution magique pour résoudre tous les problèmes financiers du quotidien. Dans les villages de l’Isaan profond, personne ne veut entendre parler des difficultés émotionnelles rencontrées par les filles: pour la famille, seuls comptent les apports financiers du farang amoureux qui leur permettront de sortir de la misère et de rayonner au sein de leur communauté.

Au cours des dernières années, les médias et sociologues du monde entier se sont penchés sur ce phénomène intriguant et pervers qui s’est tellement développé en Isaan que certains villages se sont spécialisés dans la chasse aux farangs. Ces lieux voient émerger ici et là de sublimes maisons bâties par les maris occidentaux à l’attention de leurs beaux-parents thaïlandais et les autres familles y cachent à peine leur intention d’envoyer leur fille chercher un farang dès qu’elle en aura l’âge.

Dans ces villages d’ailleurs, ce qui a commencé comme un sacrifice pour assurer la survie financière de la famille s’est rapidement changé en compétition entre familles ayant des filles se prostituant. A qui la plus belle voiture ? A qui la plus grande maison ? A qui la dote la plus importante au moment du mariage ? Tout est dans la symbolique du rang social occupé.

Ce phénomène de chasse au mari farang intrigue et repousse la classe moyenne urbaine ainsi que les élites thaïlandaises de Bangkok. Ce rejet trouve bien sûr son origine dans la morale mais pas seulement. La société siamoise est extrêmement hiérarchisée et voir de jeunes femmes pauvres bondir dans l’échelle sociale par le biais de la prostitution est assez difficile à digérer pour le thaïlandais moyen.


Démocratisation du petit ami farang

La société thaïlandaise a beaucoup changée depuis les années 1960 et la honte relative à la relation avec un farang est en train de disparaître dans l’ensemble des classes sociales. Fantasme de l’homme respectueux de la femme ou visées purement financières, de plus en plus de jeunes femmes des classes moyennes et bourgeoises souhaitent rencontrer des hommes occidentaux. Pour elles le vecteur de recherche n’est pas la prostitution mais internet et ses sites de rencontres spécialisés.

La fréquentation féminine des plateformes online a beaucoup évolué en quelques années et on trouve à présent une multitude de femmes thaïlandaises aux profils très variés sur les différents réseaux de rencontre. Le marché de la relation biculturelle a donc encore de beau jour devant lui avec l’arrivée en ligne de jeunes femmes éduquées à la recherche d’un farang à aimer.

Et puis bien sûr il y a le phénomène louk khreung (ลูกครึ่ง) qui n’a jamais autant jouer en faveur des farangs. Les louk khreung sont les métisses issus de l’union d’un occidental et d’une thaïlandaise. Au sein de la société siamoise, ils sont devenus un idéal de beauté et sont très largement utilisés par les médias de masse pour vendre du rêve à la population.

Alors quelle sera la prochaine étape des relations entre thaïlandaises et farangs ? Y aura-t-il une course au louk khreung comme il y a une course au mari blanc ? Difficile à dire mais une chose est certaine les hommes occidentaux et les femmes thaïlandaises n’ont jamais été aussi proches qu’aujourd’hui et les perspectives de lendemains heureux s’améliorent de jour en jour pour les couples biculturels.

Crédit photo : https://www.flickr.com/photos/null0/

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